L’accès aux terres est difficile pour les femmes de Tatène


À 10 heures, le soleil plombe déjà ardemment sur le petit village de Tatène, ne laissant aucun répit aux habitants. Vêtue de ses habits multicolores, Khady Cisse me regarde avec un air sérieux. « Nous sommes 45 femmes qui n’ont pas accès à la terre », lance-t-elle d’un ton grave. Elle semble très affectée par la situation. Les enfants, curieux, se profilent discrètement derrière les maisons.

« Cette année, toutes les parcelles sont occupées par les hommes du village. Ce sont eux les propriétaires », ajoute la trésorière du groupement des femmes. Selon la Banque africaine de développement, les femmes ne représentent que 15 % des détenteurs de terres. De plus, les inégalités de genre en agriculture ne se limitent pas seulement à l’accès au foncier.

Près d’elle, Saly Ndiaye est assise sur une natte, entourée d’une tonne de vêtements. Cettecheffe du groupement semble dépassée. Khady s’inquiète pour les conditions de vie de ses collègues. « Actuellement, on ne peut pas cultiver. Il nous faut trouver du travail ailleurs pour obtenir un salaire » annonce-t-elle en pointant du doigt sa comparse. « Saly doit repasser les vêtements d’une femme plus aisée qui habite en ville pour amasser quelques sous. Pour moi, c’est inacceptable. C’est de l’esclavage », confie-t-elle.

Saly Ndiaye, cheffe du groupement de femmes, doit repasser les vêtements d’une femme plus aisée pour amasser quelques sous.
Saly Ndiaye, cheffe du groupement de femmes, doit repasser les vêtements d’une femme plus aisée pour amasser quelques sous.

L’année passée, le groupement disposait d’un périmètre maraîcher près du village. Les femmes avaient produit assez de betteraves, d’oignons et de concombres pour vendre une partie des récoltes au marché. Cette année, le terrain n’est plus disponible. « J’ai dû reprendre ma terre pour planter du manioc et de la mangue. Les temps sont durs pour tout le monde. Il me faut une source de revenu supplémentaire pour nourrir ma famille », s’exprime le propriétaire.

« Le seul terrain cultivable que nous possédons est celui que nous avons obtenu grâce à l’appui d’une organisation non-gouvernementale étrangère », indique Mme Cisse. L’argent compte pour beaucoup lorsqu’il est question de céder une propriété. « Si une organisation se présente avec un projet qui mobilise des sommes d’argent importantes, les hommes seront plus enclins à céder leurs lopins », explique Amdane Seye, chargé de programme à AGRECOL Afrique et technicien agricole de formation.

« Malheureusement, la terre est située à plusieurs kilomètres du village. Les femmes ne peuvent pas s’y rendre parce qu’elles sont contraintes de rester près de la maison pour s’occuper des enfants et des tâches ménagères », précise la cheffe du groupement. La répartition du travail inégale restreint les femmes dans leurs actions. « Elles assurent beaucoup plus de tâches que les hommes », affirme M. Noël Tine, ancien président de la Fédération des associations et groupements des agriculteurs de Fandène et technicien à AGRECOL Afrique.

Les femmes du groupement se réunissent sous l’arbre à palabres pour discuter de la problématique de l’accès aux terres.
Les femmes du groupement se réunissent sous l’arbre à palabres pour discuter de la problématique de l’accès aux terres.

« Le terrain n’est pas clôturé. Les animaux mangent constamment nos plantes et les hommes refusent de nous aider à ériger un grillage », souligne Mme Cisse, démunie. Amdane Seye s’explique mal cette situation atypique. « Traditionnellement, les hommes ont la responsabilité de s’occuper des travaux lourds comme le désherbage ou la pose des clôtures », dit-il. « Je pense qu’il faudrait que de grands périmètres soient aménagés exclusivement pour elles sur des terres qui appartiennent à la communauté, plutôt qu’à des propriétaires privés. Il s’agirait d’une affaire de communauté, plutôt que d’un conflit de genre », conclu-t-il.

Les solutions sont limitées à Tatène. « Les hommes refusent de nous céder des champsparce qu’ils ne veulent pas qu’on se développe. Le groupement ne pense pas entreprendre de démarche spécifique auprès du conseil du village. Nous allons simplement reprendre la production individuelle. Chaque femme cultivera dans sa cour », affirme Mme Cisse. « La production individuelle n’est pas avantageuse, elle ne permet pas de produire en grande quantité et les aliments sont moins variés », souligne Vénérenda Badji, technicienne horticole et principale intervenante à Tatène.

Les enfants ont disparus, habitués désormais à ma présence. Je peux lire sur le visage de Khady une lueur d’espoir. « Nous sommes confiantes en l’avenir. Nous suivrons bientôt des formations en gestion financière et administrative dispensées par AGRECOL Afrique. Grâce à ces nouvelles connaissances, nous serons mieux outillées pour trouver des solutions », dit-elle avec conviction. En effet, l’autonomisation des sénégalaises est essentielle au développement économique durable.

Le Programme de stages internationaux pour les jeunes (PSIJ) est réalisé avec l’appui financier du gouvernement du Canada accordé par l’entremise d’Affaires mondiales Canada


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