La charge mentale des femmes


Lors de mon mandat au Sénégal en tant qu’ agente en renforcement de capacités auprès du WiLDAF (Women In Law and Development Africa), j’ai eu à côtoyer le Collège des Jeunes, un groupe de personnes qui défendent les droits humains et qui sont impliquées activement auprès de la population pour sensibiliser les communautés sur leurs droits et devoirs civiques. En effet, ces dernières mènent des campagnes en lien avec l’égalité des sexes, la promotion des rapports égalitaires, l’équité et la justice sociale, la démocratie et la bonne gouvernance. C’est dans cette optique que ces jeunes dans le cadre du projet « Contribuer à l’amélioration de la participation politique des femmes lors des élections locales », ont animé 15-débats dans le but d’informer les populations sur la loi concernant la parité et l’importance de la représentation féminine en politique. Suite à cela, beaucoup ont déploré la difficulté à réunir les femmes afin de leur transmettre de l’information à cause principalement, de leurs obligations familiales et domestiques. En effet, lors des échanges avec les membres du Collège des Jeunes, la place de la femme et de la jeune fille dans la société sénégalaise, les responsabilités des femmes dites au “foyer”, leur rôle reproductif et leur apport économique ont été des thèmes récurrents lors des interventions. 

Femme Sénégalaise Crédit photo: Assane Sosseh

L’apport des femmes

Bien qu’il soit rarement récompensé financièrement, l’apport des femmes est défini comme étant la base du développement économique, car il implique la prise en charge du soin des enfants, mais aussi des personnes âgées. De plus à cela il faut aussi considérer la prise en charge des tâches liées à l’alimentation, à l’approvisionnement en eau, des obligations domestiques, des soins de santé entre autres. Cette charge de travail est énorme, mais reste invisible et non reconnue par les sociétés patriarcales perpétuant ainsi les inégalités basées sur le genre. En effet, en raison de la division sexuelle du travail, les femmes supportent encore seules le poids de l’organisation familiale et le travail domestique. Ces obligations informelles et reproductives occupent la majeure partie du temps des femmes, par conséquent, un poids psychologique et physique assez lourd. Cette surreprésentation des femmes dans les tâches reproductives est démontrée à travers les chiffres d’Action Aid qui révèlent que les femmes consacrent deux fois plus de temps que les hommes aux travaux domestiques et quatre fois plus de temps aux soins des enfants.

La Bande dessinéeFallait demander” créée par Emma démontre clairement cette idée de la responsabilisation à part entière des femmes au sein de leur foyer. Les stéréotypes entourant les rôles des filles et des garçons y sont définis comme des causes de cette inégalité perpétuelle et du statut prédéfini de la femme. Ainsi l’éducation et la culture inculquées dès le plus jeune âge aux enfants transmettent des images et des représentations qui sont à la base de notre construction des rôles sociaux genrés. Nous sommes ainsi façonnées selon ce que la société attend de nous en tant que femmes et hommes et finissons par reproduire ce schéma inégalitaire dans notre quotidien. Dans cette optique, une analyse récente du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) indique que près de 90% des hommes et des femmes “nourrissent au moins un préjugé envers les femmes’’. En effet, suite à une analyse menée dans 75  pays et intitulée “Indice des normes sociales relatif à l’égalité des sexes “, le PNUD a tenté de mesurer la manière dont les opinions de la société portent atteinte à l’égalité des sexes dans des domaines tels que la politique, le travail et l’éducation. Dans son étude, l’ONU met en lumière plusieurs préjugés présents dans des pays comme le Sénégal. À titre d’exemple, “plus de 40% pensent que les hommes sont de meilleurs dirigeants d’entreprises et que les hommes devraient être prioritaires lorsque les emplois sont rares. Enfin, 28% pensent qu’il est normal qu’un homme batte sa femme”. Par conséquent, du fait de l’existence d’un pouvoir inégalitaire plus avantageux pour les hommes, il n’est pas rare de constater une domination de ces derniers sur les plans socio-économiques. À titre d’exemple, les femmes sur le marché du travail sont souvent moins bien payées que les hommes et sont beaucoup moins susceptibles d’occuper des postes de direction. Bien que les femmes travaillent plus d’heures que les hommes, ces services de soins ont plus de chance de ne pas être rémunérés.

En plus d’illustrer le travail non rémunéré des femmes, l’auteur fait part d’un concept très intéressant qui est  ‘charge mentale’. Ce phénomène a été largement analysé par des sociologues et féministes dans les années 80, et conceptualisé par Monique Haicault. Nicole Brais de l’Université Laval de Québec le définit comme “ce travail de gestion, d’organisation et de planification qui est à la fois intangible, incontournable et constant, et qui a pour objectifs la satisfaction des besoins de chacun et la bonne marche de la résidence.” (L’express, 2017)

Extrait de la bande dessinée : ” Fallait demander” de Emma

L’idée est qu’au-delà des tâches quotidiennes, le fait d’avoir à l’esprit et de porter mentalement la préoccupation de ce qui doit être fait à la maison contribue à l’épuisement des femmes. En d’autres termes, l’esprit de la femme est souvent préoccupé par la gestion du foyer qui en plus de leur emploi doivent s’assurer d’accomplir les tâches reproductives. Malgré le fait qu’on estime que les hommes s’impliquent de plus en plus dans les tâches ménagères, cette charge est une source de stress plus pesante pour les femmes que pour les hommes.

Beijing +25 à Dakar

Lors de mon séjour au Sénégal, j’ai eu l’opportunité de prendre part à la Restitution nationale Beijing +25. Dans le cadre de cet événement, le Réseau Siggil Jigéen en collaboration avec Women in Law and development in Africa (Wildaf/Sénégal) et avec le soutien technique et financier de African Women’s Development Fund (AWDF) ont initié un comité regroupant un nombre important d’organisations de la société civile et en particulier des organisations de femmes afin d’appuyer l’élaboration d’un rapport critique de la société civile sur les avancées et limites dans la mise en oeuvre des 12 domaines critiques du programme de Beijing au Sénégal et plus particulièrement la Santé Reproductive des Adolescentes et des Jeunes (SRAJ). Cet atelier avait pour but principal de partager avec les organisations de la société civile nationale ce rapport afin qu’ils puissent se l’approprier et apporter leurs observations et recommandations concernant l’amélioration du statut des femmes dans la société sénégalaise. Il rejoint donc l’appel du PNUD qui invite les gouvernements et les institutions à utiliser une nouvelle approche politique pour faire évoluer ces opinions et ces pratiques discriminatoires, par le biais de l’éducation et de la sensibilisation du public.

Merci de m’avoir lu.


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Aïda Gaëlle Bâ

Parce que les valeurs défendues par l’organisme telle que la proximité et le respect des droits humains rejoignent mes principes moraux.

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