L’algarrobina, un produit typique du nord du Pérou


L’alga-quoi?
Milagros Mendoza Urbina Ing., Centro IDEAS, Christine et Tomas Gonzales Ing. technicien

Lorsque je suis partie pour mon mandat de coopération internationale en commercialisation, on me demandait quels produits j’allais aider à mettre en marché au nord du Pérou. Quand je disais que je travaillerais avec les producteurs et productrices de miel, ça allait. Mais quand j’annonçais  que ces personnes vendaient aussi de l’algarrobina, plusieurs me regardaient avec des yeux ronds. C’est compréhensible, moi-même j’avais de la misère à prononcer ce nom les premières semaines!

La provenance

L’algarrobina, la caroube en français, est un produit transformé sous forme de sirop épais foncé et sucré. Le sirop est extrait des fruits d’un arbre très répandu dans le nord du Pérou : l’algarrobo. Le climat aride et désertique qui caractérise la région est propice à la pousse de ce type d’arbre.

L’algarrobo est très polyvalent. Il est utilisé dans son entièreté, ce qui en fait un produit très complet et utilisé à 100%. Ses racines servent à faire une barrière contre l’avancement de la désertification vers les villes. Son bois dur est souvent utilisé pour créer des meubles ou des structures très solides. Ses gousses, appelées algarroba, sont la base du sirop vendu au marché. Enfin, ses fleurs servent aux abeilles qui fabriquent ensuite du miel.

Un processus complexe

La production d’algarrobina est un processus lent et requérant de la force manuelle. C’est lors d’une visite dans un centre de production dans la région de Locuto que j’ai pu réellement apprécier tout le processus requis derrière ce produit.

  1. Les gousses arrivent par grands sacs au centre de production. Certaines sont piquées par des insectes et un tri doit être fait.
  2. On les met ensuite dans un grand bassin d’eau pour les faire bouillir
  3. Une fois que les gousses ont bouilli durant plusieurs heures, on les retire pour les mettre dans un pressoir.
  4. Le liquide dans lequel elles ont bouilli est transvidé dans deux autres grands bassins.
  5. Dans le pressoir, c’est en utilisant la force manuelle qu’on extrait le restant de jus des gousses.
  6. Une fois les gousses utilisées à leur maximum, elles sont données aux chèvres de la maison comme repas!
  7. On filtre ensuite le jus extrait.
  8. On l’ajoute finalement dans les deux grands bassins.
  9. Les bassins sont ensuite mis au feu afin de faire réduire le sirop à la consistance désirée. Cette étape peut prendre 3-4 heures. Tout au long de la réduction, les productrices brassent le mélange, enlèvent l’écume qui se forme sur le dessus et testent la quantité de sucre du mélange plusieurs  fois pour s’assurer de la qualité.
  10. Une fois prêt, on transverse le sirop dans les pots en verre étiquetés pour la vente au consommateur ou l’on en fait des caramels.
  11. Tout l’équipement est finalement lavé soigneusement pour le prochain lot.

 

La mise en marché

La majorité des vendeurs et des vendeuses de miel dans les foires à Piura offrent aussi de l’algarrobina. Les formats et les prix des deux produits sont très similaires.

Lorsqu’on demande aux Péruviens et Péruviennes ce qu’ils préfèrent entre le miel et l’algarrobina, ils et elles disent consommer les deux pour sucrer leurs mets. Ils les achètent en même temps et en même quantité.

Outre que pour sucrer, les clients achètent spécifiquement le miel pour ses propriétés cosmétiques (à mettre dans les cheveux ou sur la peau) et comme remède en cas de rhume. Le produit est associé à des valeurs de santé puisqu’il est 100 % naturel et non transformé. Il est donc privilégié par les personnes se préoccupant de leur santé pour remplacer les sources de sucre moins naturelles.

L’algarrobina est aussi consommé avec des aliments. Par contre, les valeurs qui lui sont associées sont plutôt nutritives, vitaminées et énergétiques. Par sa résilience à son environnement climatique, on lui associe aussi des vertus associées à la force.

Les personnes productrices mentionnent que la majorité des clients ne connaissent pas vraiment le processus de production ni tout le travail requis derrière un pot de 250 ml de ce produit. Cela explique peut-être le fait que les prix de l’algarrobina et du miel sont les mêmes, car la valeur ajoutée du produit est peu connue et peu communiquée.

Nous avons abordé ce sujet lors d’un atelier sur les techniques de vente à la foire. Nous avons parlé de la valeur du produit d’algarrobina et de son prix, versus d’autres produits qui n’ont pas autant de propriétés. Il s’agit d’un début important de discussion et de réflexion afin de promouvoir davantage l’algarrobina et, avec le temps, d’augmenter les revenus des personnes productrices de la région!

 


Vous aimez cet article ? Partagez-le avec votre réseau !

12 Partagez

Quel est votre réaction à la lecture de cet article ?

J'agis J'agis
0
J'agis
J'aime J'aime
5
J'aime
J'adore J'adore
1
J'adore
Christine Latendresse

Pour l’expérience enrichissante que cela pourra m’apporter, pour la découverte d'une autre culture, pour me sortir de ma zone de confort et finalement pour mettre à profit mes compétences en marketing dans un but plus  « humain ».  

Un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Send this to a friend